Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /2009 23:07

L’HOMOSEXUALITÉ


Le regard de la science sur l’homosexualité

L’homosexualité a toujours existé, dans toutes les sociétés, et à travers toutes les époques. Les enquêtes montrent que près de 5 % des êtres humains sont attirés par des personnes du même sexe, dont 3 % d’homosexualité exclusive. L’enquête de Kinsey montre qu’un homme sur deux - a eu - ou a eu envie – au moins une fois dans sa vie - d’avoir une relation homosexuelle. Selon une récente enquête new-yorkaise, un homme sur dix se disant hétérosexuel aurait eu une relation homosexuelle dans l’année, 70 % étaient mariés.

Certains peuvent avoir une aventure homosexuelle par curiosité, sans devenir homosexuel.

Des anthropologues américains ont étudié le comportement sexuel de 76 sociétés tribales et ont remarqué que certaines formes d'homosexualité et de bisexualité étaient bien acceptées chez 49 d’entre elles (c.a.d. les 2/3 de ces sociétés tribales) .


Les animaux aussi

L’homosexualité a souvent été observée chez les animaux dès l’antiquité : Les bonobos bisexuels, manchots et pingouins mâles ont été observés dans des zoos, dont certains « adoptaient » des cailloux en guise d’œuf… des vaches qui se comportent comme des taureaux… Les chercheurs ont observé plus de 450 espèces vertébrées (dauphins, orques, pieuvres, lamantins, girafes…) ainsi que des insectes… La proportion d'animaux homosexuels, dans toutes les catégories, est à peu près la même que chez les êtres humains.

Ils ont également observé des viols et de la pédophilie chez les animaux.


Grèce antique :

Homosexualité de type pédérastique, où un amant adulte aime un enfant de naissance libre encore impubère : il s'agit d'un rite social de passage, où l'enfant élevé par les femmes s'émancipe pour devenir un homme. Une fois pubère, l'adolescent ne peut plus poursuivre cette relation.

Les Grecs connaissaient aussi l'homosexualité entre adultes et la considéraient assez favorablement car plusieurs tyrans furent tués, et la démocratie installée dans plusieurs villes, par des amants homosexuels jaloux. Les homosexuels ont donc joui d'une réputation de courage et d'amour de la liberté. Ils font d'ailleurs partie des meilleurs guerriers, et le célèbre bataillon sacré de Thèbes, par exemple, composé uniquement de couples d'hommes amants, s'est couvert de gloire pendant plus de 30 ans


Rome antique :

Les Romains sont bisexuels. Leur règle de comportement moral et social, très contraignante, suppose qu'un homme libre doit être "actif", c'est-à-dire être celui qui pénètre : la passivité chez un citoyen libre est infamante, fait perdre tout honneur à celui qui s'est fait pénétrer. On ne peut pénétrer, en dehors de sa femme, aucune femme libre, célibataire ou mariée, et aucun homme libre : si deux hommes libres ont des rapports, le passif est sévèrement puni (en théorie). Si un adulte a des rapports avec un jeune citoyen non pubère, il sera puni (et là l'indulgence est rare). Donc, à la disposition des maîtres il reste tous les esclaves et tous ceux qui ne sont pas Romains, hommes et femmes, enfants, adolescents ou adultes… Ce que résume le philosophe Sénèque : "la passivité sexuelle chez un homme libre est un crime, chez un esclave, une obligation, chez l'affranchi, un service".


L'homosexualité : innée ou acquise ?

Pas de preuve… Les études sont souvent soutenues par des groupes aux intérêts contraires. Des associations homosexuelles cherchent ainsi à montrer que les gays ne sont pas responsables de leur homosexualité puisqu'elle serait innée. Par contre, certains mouvements conservateurs (surtout chez les américains) se servent de ces études pour tenter de prouver que les homosexuels sont des handicapés. Diverses études cherchent à démontrer le caractère inné de l’homosexualité : explications anatomique, génétique ou hormonale, elles essaient d'affirmer que l'on naît avec une orientation hétérosexuelle, homosexuelle ou bisexuelle, indépendante de notre éducation et de notre environnement. Réalisées sur un nombre faible de patients, ces études n'ont pas apporté la moindre preuve du caractère constitutionnel de l'homosexualité. A chaque fois que des chercheurs ont tenté de les refaire, ils n'ont jamais réussi à obtenir les mêmes résultats.

Comment se constitue notre orientation sexuelle

La sexualité va se construire peu à peu, en fonction de l'entourage familial et social de l'enfant, de l'adolescent puis de l'adulte, Chacun va intégrer, à sa façon, dans son projet de vie, des expériences sensorielles, sensuelles et émotionnelles. Ces expériences vont lui permettre de découvrir ce qu'il est. En fait, les adultes se retrouvent dans une grande variété de comportements qui vont de l'hétérosexualité exclusive à l'homosexualité totale.

Les humains sont en majorité bisexuels (dans des proportions diverses) : théorie développée par Freud dans ses « trois essais sur la théorie de la sexualité » (1905). Selon lui, chacun naît bisexuel. Peu à peu, les orientations sexuelles apparaissent, par des processus complexes où la socialisation est le point essentiel. Pourtant, malgré la survenue de ces préférences sexuelles, chacun oscille toute sa vie entre des sentiments hétérosexuels et homosexuels, poursuit Freud (1911).

Certains adultes ne passent jamais à l'acte malgré leurs désirs : des hétéros n'ont ainsi jamais de sexualité homo, comme certains homos n'ont jamais d'expérience hétéro. D'autres l'ont tenté, mais n'y ont pas trouvé des motifs suffisants pour persévérer ; d'autres, enfin, continueront toute leur vie à être bisexuels, au gré des rencontres.

Enfin, il faut rappeler qu’un nombre non négligeable d'individus, quelque soit leur orientation sexuelle, n'établissent pas de rapports sexuels avec une autre personne et qu'il existe donc des hétéros, des homos et des bis vivant une chasteté absolue (ou ne pratiquant que la masturbation).

Pour les adolescents, c’est souvent difficile à vivre et beaucoup de jeunes cherchent à savoir à quelle catégorie ils appartiennent. Homo ou hétéro, on a souvent le sentiment qu'il faut choisir son camp et on recherche alors en soi les signes, les preuves qui démontreraient que l'on appartient à tel ou tel groupe. Toute expérience n'est pas forcément définitive, ni un engagement pour l'avenir. Eprouver une affection particulière pour sa meilleure amie quand on est une fille ne signifie pas obligatoirement que l'on est lesbienne. Se masturber entre copains en regardant des films pornos n'est pas une pratique réservée exclusivement aux homosexuels. Découvrir son corps et chercher à connaître celui des autres, sont des étapes nécessaires pour trouver son équilibre. Et il est important de prendre son temps.


Homosexualité et psychanalyse

La psychanalyse interprète l'homosexualité en éclairant les aspects inconscients du comportement sexuel, notamment les identifications qui vont déterminer les choix d'objet sexuel». De nombreux facteurs physiques et psychiques orienteront la recherche amoureuse. Pour un même sujet, des identifications à des traits des parents ou d'un autre adulte viendront baliser son parcours amoureux, donnant une certaine cohérence à ses choix.

Les sexualités sont plus ou moins liées à deux pôles psychiques :

Le pôle narcissique, qu'on peut définir par la dose d'amour que le sujet doit capitaliser pour lui-même, et le pôle œdipien qui met en jeu le don d'amour à un autre que soi-même.
Une sexualité évoluant de manière privilégiée sur le mode œdipien aboutit à une constitution bisexuelle de l'individu :
     - La composante hétérosexuelle est en principe consciente,
     - La composante homosexuelle, est en partie refoulée et en partie sublimée.
Le déséquilibre de ces deux composantes homo et hétéro peut faire que l'homosexualité dite latente devienne manifeste dans le comportement, mais elle est la plupart du temps vécue avec culpabilité ; c'est l'un des tableaux cliniques de la névrose. Elle est considérée comme une économie narcissique, On est dans « le même ». 

Jacques Lacan a beaucoup apporté à la compréhension de l'homosexualité et du fonctionnement narcissique en échafaudant la théorie du « stade du miroir » comme formateur du « Je » et la problématique phallique. Le phallus est un objet imaginaire de l'enfant, supposé manquer à la mère. Du rapport qu'entretiendra l'enfant, garçon et fille, à cet objet supposé "manquer" à sa mère, dépendra l'identité sexuelle. La place accordée à la parole du père par le couple mère-enfant imprimera plus ou moins sa marque sur le phallus imaginaire l'attribuant plus ou moins au père. Ce qui va constituer l'identité sexuelle. Accordant une certaine valeur à ce père, la petite fille va chercher de son côté ce qui plus tard avec un homme pourra lui procurer de la jouissance sexuelle, quant au petit garçon il cherchera à s'identifier à celui qui peut donner aux femmes jouissance, enfants…

Le véritable but de la cure psychanalytique n'est pas de tenter de changer un choix sexuel, car "analyser" c'est trouver un équilibre.

Le regard des autres

L’entourage montre souvent des signes d'hostilité. L'absence au collège ou au lycée d'espaces de discussion et d'informations suffisantes autour de la sexualité, donnent souvent l'impression à l’adolescent ayant une attirance homosexuelle d'être seul au monde.

Dans certains milieux, l'homophobie est quotidienne et lancinante. Même si elle est invisible, il ne faut pas oublier que l'homosexualité est présente dans tous les milieux, dans toutes les régions, dans toutes les classes d'âge.

Des associations permettent aujourd'hui de soutenir et de conseiller ceux qui font le choix d'en parler et leur entourage.

Etre parent d’un enfant homosexuel

L'homosexualité d'un enfant ou d'un proche n'est pas toujours facile à assumer. Les mentalités ont certes évolué ces dernières années et permis des avancées considérables dont le PACS est un exemple. Mais le chemin à parcourir vers l'acceptation de cette différence est souvent long, semé d'appréhensions et d'idées préconçues...

Parfois on s'en doutait un peu sans vouloir l'admettre. Les parents peuvent ressentir un sentiment d’échec. Pour d'autres parents ou proches, cette révélation fait l'effet d'une bombe. "Je suis sous le choc", "C'est contre nature", "Moi qui rêvais d'avoir des petits-enfants", "Mon enfant ne sera jamais heureux", "Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?". Les préjugés sont tenaces, les amalgames vite faits, souvent seulement par manque d'information.

Pour lui, comme pour vos autres enfants, le meilleur discours de prévention que vous pouvez lui tenir doit être fait d'information et de tolérance. Faire le deuil d'un scénario de vie. Certains parents réagissent très mal à l'homosexualité de leur enfant. Ils peuvent se montrer agressifs, se sentir responsables ou encore malheureux d'avoir à faire le deuil d'une certaine image de lui et des projections qu'ils avaient fait dans l'avenir. C'est vrai, il lui sera sans doute plus difficile d'avoir des enfants. Mais le reste ne change pas. Son homosexualité ne retire rien à sa personnalité, à sa capacité d'aimer, de donner. Ce sera toujours votre enfant et en vous livrant sa vérité, il vous témoigne une grande marque de respect et de confiance. A vous maintenant de respecter sa façon de vivre, ses choix. L'essentiel n'est-il pas son bonheur ?

L'aider à s’assumer. Compréhension et amour le rendront plus fort pour affronter l'extérieur, l'homophobie irrationnelle de certains, les moqueries, les histoires "drôles"…
Si maintenant, sur cette route souvent longue vers l'acceptation, vous avez des doutes, des inquiétudes, sachez qu'il existe des associations, espaces d'écoute et de dialogue, qui permettent à des homosexuels, à leurs parents et à leurs proches, d'échanger leurs expériences et d'apprendre à mieux se connaître, pour mieux respecter leurs différences.


Des images de l'homosexualité souvent caricaturales

Etre homosexuel ne veut pas dire être travesti, pédophile ou pervers, ni avoir forcément l'allure d'une folle exubérante pour un gai et d'un camionneur pour une lesbienne. Contrairement à ce que certains croient, les homosexuels vivent de grandes et belles histoires d'amour, comme les autres. Les relations homosexuelles se nouent entre adultes consentants, pas forcément dans des lieux de rencontre décadents, comme on a tendance à les présenter en agitant de surcroît l'épouvantail du sida. Les homosexuels ont certes payé un lourd tribut à cette épidémie, mais ils ont été aussi les premiers à se mobiliser.


Les couples homosexuels sont des parents comme les autres !

Les enfants de parents homosexuels n’ont pas de problèmes psychologiques particuliers. C’est ce que vient de démontrer l’une des premières études françaises sur le sujet. Les enfants élevés par des parents de même sexe ont un développement comportemental et psychologique identique à celui de couples hétérosexuels. Ils seraient même plus actifs que la moyenne, bien que plus timides.

Une étude sur 58 enfants. Les enfants de parents homosexuels sont-ils moins équilibrés que ceux de parents hétérosexuels ? Si de nombreuses études anglo-saxonnes ont été menées sur le sujet, les scientifiques français n’ont pas semblé s’y intéresser. Le sujet de la thèse soutenue en octobre 2000 par un jeune pédopsychiatre vient combler cette lacune.

En effet, le docteur Stéphane Nadaud, du centre hospitalo-universitaire de Bordeaux, a mené une étude sur 35 filles et 23 garçons, âgés de 4 à 16 ans. Tous ces enfants avaient des parents qui se déclaraient homosexuels, recrutés grâce à l’Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens (APGL). Dans 80 % des cas, le parent légal était une femme et vivait en couple avec un partenaire du même sexe, depuis sept ans en moyenne. Le mode de conception de ces enfants variait énormément : 64 % à l’occasion d’un rapport sexuel, 22 % après insémination et 2 % après appel à une mère porteuse. En outre, 12 % avaient été adoptés. Aucune différence avec la population générale. Afin d’évaluer le développement psychologique de ces enfants, le Dr Nadaud a envoyé aux parents plusieurs questionnaires. L’un d’eux permettait d’évaluer les profils psychologiques et comportementaux de chaque enfant. Résultat : les enfants de parents homosexuels ne sont pas différents de la population générale. Ceux nés après une insémination artificielle semblaient même plus équilibrés. Petit détail : ceux qui avaient au préalable vécu avec des parents hétérosexuels (59 % des enfants) avaient en moyenne un score un peu moins bon au questionnaire que ceux qui avaient toujours connu des parents du même sexe. Pour le Dr Nadaud, cela est peut-être lié au traumatisme de la séparation de ses deux premiers parents.

Des parents plus anxieux. L’un des questionnaires transmis par le pédopsychiatre concernait le tempérament de ces enfants. D’après les résultats, ceux-ci semblaient plus actifs et plus à même d’exprimer leurs émotions. Néanmoins, ils semblaient plus timides et moins sociables que la population générale. Selon l’auteur, ces enfants pourraient avoir plus de difficultés avec les autres, du fait des éventuelles critiques, concernant leur environnement familial, qu’ils subissaient.

Selon l’auteur, les réponses aux différents questionnaires sont fiables, les parents n’étant pas enclins à sous estimer les difficultés de leurs enfants. Au contraire, ceux-ci sont même plus anxieux pour leur progéniture que les autres parents : 41 % des enfants bénéficient ainsi d’un suivi psychologique.


Parler ou se taire ?

Se taire, se cacher et mentir semblent être la seule alternative pour se protéger des réactions négatives - réelles ou supposées - de l'entourage. Mais lassé(e)s du mensonge, certains jeunes homosexuel(le)s se posent la question du "coming out" c'est-à-dire d'informer leur entourage de leur préférence affective et sexuelle. Il faut toutefois prendre le temps d'évaluer son entourage et ne pas se précipiter. L'annonce faite à la fin d'un repas où toute la famille est réunie n'est pas forcément la meilleure méthode.

Il est préférable de repérer parmi ses proches une personne de confiance qui sera la première à qui on se confiera. Outre une "répétition générale", ceci permettra également d'avoir un ou une allié(e) lors de l'annonce au reste de la famille. Mais attention, il n'est pas facile de savoir comment les autres vont réagir. Même s'ils tiennent régulièrement des propos hostiles aux homosexuels, ils réagiront peut-être différemment face à l'homosexualité d'une personne qui leur est proche, montrant de l'affection et de la compréhension.

A l'inverse, on peut être tolérant avec des amis homosexuels et ne pas accepter l'homosexualité de son enfant. Les réactions peuvent être particulièrement violentes. Même si les cas de rejet, de mise à la porte sont rares, ils existent. Il ne faut pas oublier que si, pour soi, l'acceptation de son homosexualité a été un chemin difficile à parcourir, pour les parents aussi cela peut être une épreuve douloureuse, voire violente. Ils devront eux aussi faire leur chemin vers l'acceptation en passant par des phases de culpabilité ou de déni. Eux aussi ont besoin de temps.


Trouver à qui parler

Il est important dans toutes ces situations de pouvoir en parler, de trouver un interlocuteur qui ne vous jugera pas, qui vous respectera en tant qu'individu et qui vous écoutera en toute confidentialité. Des associations sont à votre disposition pour répondre à toutes vos questions. Ils vous informeront sur la sexualité et les maladies sexuellement transmissibles, vous donneront des adresses pour obtenir une aide ou rencontrer d'autres personnes partageant des sentiments similaires.

C'est aussi le rôle des psychologues, des psychanalystes, des psychothérapeutes et des conseillers conjugaux. Pas besoin d'être malade pour aller les voir. Ils peuvent être très utiles pour avoir quelqu'un à qui parler, à la condition qu'ils respectent une règle fondamentale : le non-jugement. Pour éviter les mauvaises expériences, il est préférable de demander l'adresse d'une personne de confiance à son médecin généraliste, à l'infirmière scolaire ou une association spécialisée. Dans tous les cas, si le psy ne vous convient pas, vous devez en changer. Il n'y aucune obligation de continuer à le voir. Vous devez pouvoir choisir la personne qui vous aidera le mieux à avancer dans votre réflexion.


Conclusion :

• Le comportement homosexuel est universel et a toujours existé, tant chez les humains que chez les animaux.
• Les humains sont en majorité bisexuels
• Du point de vue médical, homo et bisexualités ne sont pas des maladies, mais des variantes comportementales, au même titre que l'hétérosexualité.
• Assumer son homosexualité, c’est "faire le deuil" d’un mode de vie socialement reconnu

 

Par A.C.C.S.
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